Lorsque Laurent Nunez tente d’expliquer sous quel type de délit relèverait « l’entrisme », il évoque des « convictions religieuses », des « discours antirépublicains », des « provocations » et une « non-adhésion » à certaines valeurs. Il mêle ensuite ces éléments – pourtant parfaitement légaux – à des actes qui, eux, ne le sont clairement pas, en les plaçant sous le dénominateur commun d’« atteintes à la République ». L’objectif est, bien sûr, de criminaliser l’organisation, l’expression et les convictions religieuses des musulmans.
Le texte du ministère de l’Intérieur prévoit la dissolution de structures associatives qui feraient prévaloir des principes religieux jugés incompatibles avec « les valeurs et les principes de la Déclaration des droits de l’homme ». Or, la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH), dans son article 2, stipule que « chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés sans distinction aucune, notamment de religion ou de toute autre opinion ».
Nunez affirme que son combat contre « l’entrisme » ne vise que ceux « qui assument ne pas respecter les valeurs de la République ». Pourtant, la laïcité ne se limite pas à la liberté de croire en Dieu ou de ne pas croire. Elle implique aussi la liberté de croire et d’adhérer – ou non – aux valeurs de la République. Tant que la personne – qu’elle soit juive, musulmane, catholique ou royaliste – respecte les lois en vigueur, elle a le droit de penser et d’affirmer publiquement que ses valeurs sont supérieures à celles d’une république ou d’une monarchie quelconque.
C’est ce qu’on appelle la liberté de conscience, un droit fondamental protégé notamment par l’article 19 de la DUDH, qui dispose que « tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions ».
Mais le ministre de l’Intérieur voit les choses un peu différemment. Il considère comme normal que des personnes religieuses soient contraintes de signer un contrat d’engagement républicain sous peine de perdre des subventions publiques. Il estime également légitime de vouloir interdire un rassemblement de musulmans de France au motif que « certains intervenants avaient tenu des propos remettant en cause leur adhésion aux valeurs de la République. ». Mais en quoi la non-adhésion aux valeurs de la République justifie-t-elle l’interdiction d’une rencontre ? Laurent Nunez semble oublier que « toute personne a le droit de prendre part librement à la vie culturelle de la communauté » (art. 27 de la DUDH). Ira-t-il également jusqu’à remettre en cause la liberté d’association – garantie par l’article 20 de la DUDH – pour les juifs et les catholiques ?
Par ailleurs, Nunez souhaite sanctionner toute personne religieuse qui demanderait à un service public de « prendre en compte ses préceptes religieux ». Depuis quand une simple demande – qui relève de la liberté d’expression – devient-elle un crime ? Les retraités ou expatriés français au Maroc demandent bien à ce qu’on leur parle français dans les services publics locaux. Leur non-adhésion à la langue et aux valeurs locales ne dérange personne. C’est cela, le vivre-ensemble : chaque juif, musulman ou chrétien a le droit de formuler une demande, et chaque service public a le droit de la refuser.
Pour Nunez, les libertés d’expression, d’association et de culte deviennent des menaces pour l’ordre public dès lors qu’elles permettent aux musulmans de penser et de croire différemment. La DUDH semble le déranger profondément, car elle garantit aux musulmans la liberté de s’organiser, de dénoncer l’islamophobie d’État et de conserver leurs valeurs.
Ne l’oublions jamais : la restriction des libertés fondamentales au nom de l’ordre public constitue une pratique caractéristique des régimes autoritaires. Les grands dictateurs invoquent toujours le maintien de l’ordre ou la sécurité nationale pour museler la contestation ainsi que l’organisation et l’expression des minorités.
Laurent Nunez, quel héritage politique souhaite-t-il laisser derrière lui ? Veut-il réellement entrer dans l’histoire comme celui qui aura parachevé les politiques liberticides de Moussa et Bruno au point de faire basculer la France vers un autoritarisme assumé ?
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